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Nouvelle : Secret d'enfant

 
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Jean-Bernard MICHEL
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Inscrit le: 21 Mai 2010
Messages: 5

MessagePosté le: Ven Mai 21, 2010 9:15 am    Sujet du message: Nouvelle : Secret d'enfant Répondre en citant

J’ai sept ans. Je suis là, tout seul dans un désert immense, très loin de toute civilisation.
C’est un endroit où le soleil calcine tout ce qu’il touche du bout de ses rayons, où les bouteilles de verre fondent par réfraction, où les œufs cuisent sur des roches de lave.
Je suis aux environs du golfe de Tadjoura, en Mer Rouge, sur la Côte des Somalies, en Afrique.
Mes parents sont bien loin, bien au-delà des dunes. Ils somnolent à l’ombre d’une bâche tendue par les piquets. Nous sommes séparés par une forêt d’épineux infranchissable, épines acérées longues comme des doigts. Seul le littoral est accessible à condition de marcher dans l’eau. Ce n’est pas désagréable, d’ailleurs, car je suis dans un des endroits les plus chauds de la planète... 52° à l’ombre. Et comme il n’y a pas d’ombre, il suffit d’imaginer sur mon petit corps parfaitement adapté à son environnement, le plaisir frissonnant que j’ai à me laisser incendier. Le silence est absolu, hormis peut-être les battements de mon cœur sur les tempes. Les sons sourds et mats, lorsqu’il y en a, ne se propagent qu’avec difficulté dans cet air dilaté qui vibre fortement tout autour de moi, air qui se transmue en mirage si je lève le regard à hauteur d’horizon. Quelques crabes vivaces filent sous mes pieds, effrontés, curieux et sympathiques. Je m’approche de l’eau. La dune plonge dans une mer de plomb fondu, qui n’a de Rouge que le nom. Le vent est tombé.
Un léger clapotis attire soudain mon attention, interrompant ma rêverie sur l’origine du monde.
Ce clapotis m’intrigue car l’eau est d’une immobilité telle que le moindre bruissement, la moindre goutte, la moindre mouche, sembleraient incongrus en la ridant. Le monde entier est immobile, en suspension autour de moi. Je ne sais pas si cela peut avoir des conséquences sur le système solaire, je n’en suis pas sûr, aussi je la garde pour moi. Mais en tout cas, je me sens en parfaite harmonie avec cet univers. Car il s’agit bien d’Univers. Je suis si isolé, petit d’homme sur une planète bizarre, surchauffée, sur le point de fondre, d’éructer, de trembler, de jaillir en flots incandescents par les volcans tout proches. Il y a, non loin de là, derrière les épineux, des fumeroles et autres lacs d’acide sulfurique dont la transparence au soleil les font ressembler à de l’eau pure et paisible. Combien de légionnaires, au cours de marches éreintantes, séduits et attirés par leur clarté, y ont laissés la chair de leurs pieds jusqu’à l’os. L’endroit n’est pas hostile, non, il est surréaliste et je l’aime. Un enfer brûlant à la beauté glacée. Ce silence me fait penser à l’espace intergalactique. Enfin tel que je l’imagine dans ma tête d’enfant.
Aussi, lorsque ce clapotis insolite... Je tourne la tête...
C’est alors que je la vois... (à suivre)

Merci de me dire si vous avez envie de lire la suite ;o)
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Séléna
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Inscrit le: 12 Juin 2010
Messages: 5

MessagePosté le: Sam Juin 12, 2010 5:12 am    Sujet du message: Répondre en citant

Cher Mr. Michel

Vous faites de belles images avec les mots.

La dune plonge dans une mer de plomb fondu, qui n’a de Rouge que le nom.

Bien sur que je veux lire la suite! Allez, il la voit...
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Jean-Bernard MICHEL
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Inscrit le: 21 Mai 2010
Messages: 5

MessagePosté le: Sam Juin 12, 2010 4:46 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Merci pour votre intérêt et vos compliments. Que ça fait plaisir. Ça encourage, aussi. Donc voici la suite :

... De la famille des requins, elle avance timidement et ses ailes créent ce léger clapotis qui vient sur mes pieds en un frou-frou délicat. La raie s’arrête à ma hauteur, dans à peine vingt centimètres d’eau. Elle se tourne majestueusement vers moi et nous nous immobilisons face à face. Puis, alors que je me penche, elle me répond en un salut de Samouraï, ce qui déclenche chez moi un petit rire sans écho. Après nous être mesurés dans ce silence minéral, je tends doucement ma main. La raie s’approche, s’approche encore, ondulant à peine de la bordure de ses ailes. Il ne reste que quelques centimètres d’eau autour d’elle.
Je pourrais tenter de m’en emparer stupidement comme n’importe petit garçon. De son côté, elle pourrait m’attaquer, oui bien sûr, m’emporter la main ou me planter son aiguillon venimeux dans le bras en une volte face instantanée. Non, non. Là ! Tout doux ! Je descends mes doigts sur elle, et lui gratte la tête derrière ses yeux protubérants qui suivent ma main en louchant. Je ne savais pas qu’elles adorent ça. Hein ? C’est bon ? Également je caresse ses ailes frémissantes. Nous continuons à nous observer, et précisément à cet instant, j’ai l’impression mystérieuse de recevoir – de je ne sais qui - la « Grâce ». Je la caresse toujours. Elle se laisse faire, me faisant face. Ses yeux plongent dans les miens. Nous sommes tout aussi étonnés l’un que l’autre. C’est l’évidence suprême. Nous prenons tout le temps, toute l’éternité pour nous contempler et nous étonner. Derrière « ma » raie, pendant ce temps, passe un requin-marteau à toute vitesse à quelques mètres d’elle. L’eau est si cristalline, si transparente, que ces animaux me paraissent voler sans aucun support, sans pesanteur, hors du temps tels les vaisseaux spatiaux que je croiserai plus tard sur les toiles de Dali ou dans mes pérégrinations d'aviateur.
« Je suis de votre monde, et vous êtes du mien », semblons-nous dire. Osmose grandiose.
Un mot me vient alors, tandis que nous poursuivons notre face à face amical et animal : « Confiance ! » Je prends tout à coup conscience, n’ai-je pas l’âge de raison, de ce que veut vraiment dire ce mot : « Confiance ».
Confiance, et tout est possible ! Et la peur s’évanouit, se dilue. La confiance est à l’opposé de la peur. Sans confiance, pas d’amitié, pas d’amour. Sans confiance, personne n’ose franchir un pont, n’ose voler dans un avion, ne grimpe les étages d’un gratte-ciel, ne passe une frontière, ne serre la main d’un inconnu, ne signe un contrat, n’embrasse son ou sa partenaire. La confiance rend les toutes les choses improbables possibles. La confiance est majeure. Elle est ou elle n’est pas. C’est un bien si précieux. Elle ne se mesure pas, ne se laisse pas prendre, ne s’apprivoise pas. Elle ne s’achète pas. Elle est volatile. Elle est intuitive, elle est sensitive. Elle n’est jamais gagnée. Tout comme l’amour ? Et si ce n’était pas le même mot ?
Six ans, sept ans, c’est l’âge où les questions se posent, où les évènements les plus merveilleux - autant que les plus sordides - s’impriment dans le cortex pour la vie. Définitivement.
Ce moment, ce face à face magique que la nature m’a offert est resté dans la mémoire du petit garçon que je veux toujours être… Il m’a souvent aidé dans les instants de doute.
Je veux vous l’offrir…
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Séléna
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Inscrit le: 12 Juin 2010
Messages: 5

MessagePosté le: Dim Juin 13, 2010 11:34 pm    Sujet du message: Répondre en citant

C'est une très belle histoire.

Mon passage préféré dans cette partie est:
L’eau est si cristalline, si transparente, que ces animaux me paraissent voler sans aucun support, sans pesanteur, hors du temps tels les vaisseaux spatiaux que je croiserai plus tard sur les toiles de Dali ou dans mes pérégrinations d'aviateur.

Je vous encourage à nous partager d'autres réminiscences de ce petit garçon. À sept ans, il vient d'apprendre ce que veut dire la confiance. Quand a-t-il appris la complicité? L'amitié? Le désir?

Bonne écriture!

Séléna
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Jean-Bernard MICHEL
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Inscrit le: 21 Mai 2010
Messages: 5

MessagePosté le: Lun Juin 14, 2010 6:12 am    Sujet du message: Répondre en citant

Merci Selena,

Les compliments font toujours plaisir à un auteur, surtout lorsqu'ils sont argumentés. Merci beaucoup pour les vôtres. Ils me vont droit au coeur.
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