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LE MONDE DE DJAR Bienvenue sur le forum de Henri Loevenbruck, posez vos questions, discutez... La parole est à vous !
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ManonLou Nouveau membre
Inscrit le: 25 Juin 2010 Messages: 2
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Posté le: Ven Juin 25, 2010 1:01 pm Sujet du message: Le déménagement : une nouvelle |
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Bonjour,
voici la première nouvelle que j'ai écrite, après avoir laissé de nombreux textes non finis... je vais présenter ce texte à un petit concours le 30 juin, et d'ici là je serai ravie de pouvoir le retravailler à partir de vos avis experts!merci d'avance ! Manon
Le déménagement
"Oui, mais quand vient le soir, raréfiant enfin
Les passants alourdis de sommeil ou de faim,
Et que le couchant met au ciel des taches rouges,
Qu'il fait bon aux rêveurs descendre de leurs bouges
Et, s'accoudant au pont de la Cité, devant
Notre-Dame, songer, cœur et cheveux au vent !
Paul Verlaine, Nocturne parisien (in Poèmes Saturniens, 1866)"
Il n’avait jamais vu Paris. Luna non plus.
Philosophe, il accepta le déménagement avec bonhomie, certain qu’en chaque lieu se trouvait un nectar nouveau où tremper ses rêves. L’euphorie de son arrivée fut violemment balayée par les rafales furieuses de la peur. Comment apprivoiser une ville aussi grande ? Comment se repérer et avancer parmi tous ces boulevards, ces hauts immeubles et ces longues files de voitures ? Comment fraterniser là où chacun lui semblait si anonyme ? Mais bientôt, son sang-froid eut raison de cette impétueuse tempête ; aussi décida-t-il de s’astreindre à des promenades quotidiennes dans Paris pour en connaître au plus vite tous les recoins et secrets.
Ils s’installèrent ensuite dans leur nouvelle maison. Tout au plus un minuscule appartement. Une boîte à chaussures sèche et vide ne sacrifiant à ses deux occupants aucune sorte d’intimité véritable, les contraignant ainsi à vivre dans une promiscuité étouffante. La vue de ces murs gris et décrépis, troués en trois endroits par ce qui semblait être des fenêtres – bien qu’on ne pût ni les ouvrir ni rien voir au travers, tant la crasse qui les recouvrait avait noirci – le révulsa. Pourquoi une ville si immense et des habitations si petites ? Comment avait-on pu envisager de venir s’enfermer ici quand on s’était jusque-là épanoui dans une joyeuse maison en pierre plantée entre deux collines, sur des hectares d’une végétation luxuriante ? Cette décision lui paraissait absurde. Combien il regrettait maintenant cette nature bienveillante, décor serein et fidèle abritant depuis son jeune âge ses errances nocturnes, de celles qu’on entreprend d’abord pour se familiariser avec son environnement, puis que l’on mène comme une visite amicale attendue dans l’impatience de toute une journée d’attente ; comme un bonsoir poétique, où il est permis de rêver éveillé et d’entendre naître, au fil des heures, les petits cris chantants de toute la forêt. Bien sûr ces expériences avaient leur danger. On pouvait croiser de mauvais bougres que seul le plaisir de la chasse attirait dans les bois. Ces rencontres, il valait mieux les éviter ! Cette horde carnassière jetait son dévolu sur n’importe quelle proie, qu’elle en fût digne ou pas, pourvu qu’elle émît un signal indiscret et suspect. Il les avait très tôt considérés comme des idiots, mais avait toutefois gardé la sagesse de s’en méfier.
Quand la mélancolie vint parasiter de ses accents patelins la mélodie ravissante de sa nostalgie, son audace, de même qu’elle avait aisément combattu ses peurs, eut raison de ce nouvel élan disgracieux. Aussi profita-t-il de s’être assoupi pour adresser un dernier bonsoir poétique à la noire forêt de sa campagne amie. Il surprit les râles profonds du vieux chêne résistant fièrement aux capricornes et aux lucanes puis il suivit, amusé, le ballet dynamique des lucioles attirées par le scintillement émeraude de l’étang. Là, il se laissa envoûter par l’assourdissant concert nocturne des grenouilles dont les notes rieuses frappaient de ricochets les masses lourdes des nénuphars.
Il se réveilla et commença ses visites de Paris. Soucieux de préserver la saveur sucrée de ses rêves, il mit au point un plan : il lui fallait fuir la monotonie des journées et les stations puantes du métropolitain piétinées sans trêve par d’incompréhensibles bousculades. Mais une nuit il s’égara. Il avait laissé sa curiosité le conduire, par des passages fabuleusement vierges de tout pas étranger, vers mille jardins en fleurs où toutes les fragrances végétales de la ville semblaient réunies pour son plus grand plaisir. Il s’était laissé happé par la molle tiédeur de la nuit et, s’étant attardé jusqu’au petit matin dans le dédale que formaient les rues qu’il arpentait depuis le crépuscule, il vit les premiers passants. Cela lui déplut vivement : il lui semblait que ceux-ci profanaient la beauté secrète de Paris que la nuit, cette nuit molle et discrète, lui avait confiée comme un trésor. Le soleil resta caché derrière une couche de nuages opiniâtres. La lumière grise qui en résultait lui découvrit la misère des colonnes de béton et des câbles électriques. Les foules maussades effaçaient déjà les repères qu’il s’était créés sur sa route et son escapade finit donc dans le métro. Vexé de s’être ainsi laissé surprendre, il décida qu’il ne fréquenterait plus aussi impunément les rues et les jardins. Les toits deviendraient le refuge de ses rêves et il n’en descendrait qu’en se sachant sûr d’être rentré avant l’odieuse matinée.
C’est ainsi qu’il se lança à la conquête des sommets glissants de la ville. Il découvrit avec plaisir que ceux-ci ne manquaient pas non plus de passages et de cachettes et, lui qui avait toujours travaillé son corps à l’exercice, les parcourait d’un pas franc et d’une démarche assurée. Au début, il appréciait la parfaite solitude qu’il y rencontrait. Au début, seulement. Bientôt il comprit que n’aimant pas les promeneurs du jour, il désirait toutefois croiser d’autres âmes nocturnes qui, comme lui, s’échappent au dehors quand la Seine obscurcie noie dans son manteau de velours la laideur et le bruit du paysage. Des quelques rencontres qu’il fit alors ne naquit aucune amitié. Soit on ne s’intéressait pas à lui, soit on faisait mine de l’effrayer pour qu’il déguerpît. Il s’en tint un temps aux seuls compagnons qui lui restaient : de rares points lumineux qui s’accrochaient au ciel, pauvres étoiles luttant pour une vie précaire au-dessus de cette ville, où il lui semblait que la nature toute entière avait peu à peu déserté.
Certes il était optimiste, mais le bonheur autrefois nourri par ses errances nocturnes s’était à ce point appauvri qu’il perdit le goût de les mener encore. Aussi décida-t-il de passer tout l’hiver cloîtré chez lui. Il laissa passer les soleils et les lunes avec indifférence, préférant de loin se bercer de chimères ordinaires plutôt que de supporter une nouvelle fois la déception des excursions parisiennes. Jamais la compagnie de Luna n’avait été aussi agréable. Au fil des mois, il sentait que sa présence plus assidue à ses côtés et la tendresse qu’il lui témoignait ravivaient en elle une flamme un peu éteinte. Il n’avait jamais douté de son amour, bien qu’il reconnût parfois dans ses intonations la résonnance de sa fatigue, à le voir ainsi oisif et reposé, tandis qu’elle se démenait pour une vie plus confortable.
Ses rapports avec Luna avaient de tout temps été compliqués. Elle lui reprochait depuis l’enfance d’avoir toujours refusé de partager ses récréations. Il faut avouer qu’occuper ses moments de liberté à manipuler d’inélégantes figurines en plastique reflétait à ses yeux une abominable soumission. Pour lui, jouer devait être une aventure ou ne pas être. Il ne fallait rien prévoir et dans le même temps tout imaginer. Grimper aux arbres, courir dans les prés, sauter des ruisseaux, arpenter les toits, flâner dans les parcs, passer outre les barrières… Ces expériences lui permettait d’imaginer que tout pouvait advenir ou disparaître du moment qu’on le prononçait. Se limiter aux jouets préfabriqués, c’était refuser de créer son rêve. Ces pensées le ramenèrent à sa propre situation, lui qui avait réalisé au début de cet hiver-là qu’il ne savait plus quoi jouer. Pour la première fois son imagination lui semblait limitée à ce qui l’entourait. Il avait comme désappris le langage de la poésie.
Les premières chaleurs du printemps apparurent enfin. Le piaillement incessant d’un oiseau derrière la vitre lui chatouilla le tympan. La caresse d’un franc rayon de soleil lui fit ouvrir un œil. Puis l’autre. Un profond bâillement, quelques étirements soignés, et son apathie s’envola. L’envie le piqua de goûter l’air libre, de respirer les doux parfums de la saison naissante, de passer la journée assis sur le zinc chaud, les yeux rivés sur les rues animées en contrebas et, pourquoi pas, de lécher la nuit obscure avec sa gourmande imagination. Mais, quand il découvrit que chaque porte et chaque fenêtre avaient soigneusement été verrouillées et qu’il se trouvait donc prisonnier dans sa propre maison, son optimisme farouche fut ébranlé par un vent de panique. Où Luna se trouvait-elle ? Comment avait-il pu se retrouver dans une telle situation ? Comme par fait exprès, Paris, habituellement si revêche à livrer sa beauté, le narguait avec une fraîche branche d’arbre aux bourgeons rebelles, à travers la crasse tenace de la fenêtre. Il se pensa la victime d’un complot malhonnête visant, dans le même temps, à faire naître et à brider en lui le désir de sortir.
Ainsi s’égrena lentement une longue semaine, jusqu’à ce que la nourriture lui manquât. Luna ne se montrait toujours pas. A sa colère et à son inquiétude du début avait succédé un état de torpeur profonde qui l’empêchait, qu’il fût éveillé ou endormi, de méditer et de songer. Etrange coquille vide lessivée par la fatigue et la faim, il attendait la mort. Au huitième jour, à l’heure où les sournois bruits de casseroles et les odeurs de mets familiaux filtraient des maisons voisines et rampaient vers ses narines douloureuses, l’une des fenêtres de sa prison vola en éclats. Il ne comprit pas tout de suite. Ses pensées durent se frayer un chemin difficile jusqu’à ses membres. Peu à peu, il se sentit prêt à marcher. Il claudiqua avec maladresse parmi les bris de verre et, à mesure qu’il avançait, recouvrait ses forces. Il put donc monter sur le bureau pour se hisser jusqu’à la fenêtre, et rejoindre les toits avec une aisance dont il ne s’imaginait plus capable.
Il s’élança dans une course effrénée, emporté par le désir fou de s’évader, de s’éloigner au plus loin de ce minuscule appartement qui avait déjà abrité tant de souffrances. Lorsque l’idée qu’il ne reverrait plus Luna lui traversa l’esprit, il ne ressentit ni colère ni tristesse. Libre, ému à l’idée de pouvoir retrouver ses rêves, il parcourut ce jour-là plus de kilomètres qu’il n’en avait fait depuis son arrivée à Paris. Au crépuscule il courait encore et, à minuit passé, tandis qu’il passait agilement d’un bâtiment à l’autre, son élan fut interrompu par un son confus. Il ne put l’identifier tout de suite. Il s’approcha alors à tâtons de l’ombre chaude de la cheminée et la découvrit, petit gant blanc et or dans les reflets de lune, dégustant les heures tièdes annonciatrices de l’été. Il ne manqua pas de la rassurer sur son compte, la croyant tout d’abord perdue et effrayée. Il se trompait. Sa prudence n’avait d’égal que sa témérité. D’ailleurs, son caractère ne révéla aucun trait qui pût passer pour de la timidité : elle voulut goûter le maigre casse-croûte qu’il avait trouvé en chemin et, quand il tenta de lui refuser ce partage, elle l’engloutit tout entier. Elle se moqua de ses façons rurales, de ses postures précieuses et de ses rêves qu’elle jugeait trop sentimentaux. Elle se vanta de connaître tout Paris et, devant son air dubitatif, ne put s’empêcher d’en faire la preuve. Ainsi passèrent-ils toute la nuit à inspecter tantôt les étoiles, tantôt les monuments éclairés, et peu à peu, il se sentit séduit.
Bercé par le souvenir de cette rencontre fortuite, il observe le défilé des nuages cuivrés sur les flots vitreux de la Seine. Un coup d’œil à sa précieuse amie, puis un nouveau rêve commence avec elle sur les gouttières de Paris.
Paris le sait : les chats ne se laissent pas apprivoiser. |
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Nadroh Nouveau membre
Inscrit le: 30 Aoû 2010 Messages: 12 Localisation: Vous voyez le point rouge sur le plan?
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Posté le: Dim Sep 05, 2010 6:24 pm Sujet du message: |
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Bonjour ManonLou. Ton écrit étant long, je l'ai lu en deux fois. Et je ne suis pas déçu. Ton style d'écriture est très beau, quelque peu poétique, avec un vocabulaire riche. On perçoit très bien les pensées de ton personnage principal, et l'on se laisse vite embarqué comme dans un rêve lorsque tu décris les paysages. Seul petit hic à mon goût : le manque d'actions. Ton écrit gagnerai (ce n'est là que mon avis de simple utilisateur lamba), à avoir des phases calmes et des phases d'actions se succedants à tour de rôle afin de maintenir l'attention du lecteur. Mais sinon ton texte est génial. Je poste mon avis un peu tard vis à vis de ton concours (j'espère que tu es arrivée dans les premiers, si ce n'est sur la première marche), et j'espère que tu écris encore et encore parce que tu as vraiment beaucoup de talent.
Félicitations, Nadroh. _________________ L'imagination est un pays qui ne possède qu'une et unique clé...soi-même |
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ManonLou Nouveau membre
Inscrit le: 25 Juin 2010 Messages: 2
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Posté le: Lun Sep 06, 2010 9:36 am Sujet du message: Réponse à Nadroh |
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Bonjour Nadroh,
merci beaucoup pour ton message qui me touche et m'aidera à améliorer ma nouvelle. Je suis d'accord avec toi, ce texte manque d'actions et c'est un gros défaut auquel je vais chercher à remédier. Je déposerai une nouvelle version prochainement, et si tu as le temps d'y jeter un oeil, je serai très heureuse de pouvoir lire tes commentaires!
Concernant le concours, les résultats n'ont pas été encore rendus publics, mais il s'agissait avant tout pour moi d'être lue et de recevoir des avis qui puissent m'aider à retravailler mon texte.
J'écris encore (et je te remercie de tes encouragements). Je suis en ce moment en train de découvrir les nouvelles fantastiques d'Edgar Poe (je te les conseille, elles sont excellentissimes, et en plus traduites par Baudelaire!) et je m'essaye du coup à l'exercice d'écrire dans ce style à mon tour... Je posterai ce nouveau quand il sera prêt !
Au plaisir de continuer d'échanger avec toi, et de lire ce que tu écris aussi!
A bientôt,ManonLou |
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Nadroh Nouveau membre
Inscrit le: 30 Aoû 2010 Messages: 12 Localisation: Vous voyez le point rouge sur le plan?
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Posté le: Lun Sep 06, 2010 6:03 pm Sujet du message: |
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Bonjour ManonLou. Ton message me fais plaisir, et je serai très content de lire tes nouveaux écrits et de te donner mon avis. Tu as (je te l'ai déjà dis mais je te le dis quand même ), beaucoup de talent, et c'est très agréble de te lire. Sache que certains de mes écris sont postés, et je serai ravi de recevoir tes commentaires ainsi que tes critiques qui m'aideront à me corriger. Tu les trouveras facilement je pense, ils s'intitulent "chanson sans refrain", ma nouvelle "sale môme" en trois parties, ainsi que le début de ma nouvelle "un marmot pour noël". Merci pour m'avoir donner envie de lire les nouvelles d'Edgar Poe, je vais regarder ça .
A bientôt. _________________ L'imagination est un pays qui ne possède qu'une et unique clé...soi-même |
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